samedi 14 avril 2018

Rome, le pape, résonances...

Après les magnifiques célébrations  de Pâques vécues ici en paroisse (des centaines de personnes à la Vigile et au Jour de la Résurrection, dans une ambiance de fête : des paroissiens, à l'issue du Samedi Saint, me disaient qu'ils partaient avec de la joie, rien que de la joie au cœur, et comme je veux remercier ces communautés vraiment chrétiennes!), après donc ces moments de bonheur, je me suis envolé pour Rome à l'invitation du pape, qui souhaitait rassembler et rencontrer les "missionnaires de la miséricorde" institués et créés à son initiative. Un colloque, entre Latran et Vatican, nous a permis de mieux cerner les désirs du Saint Père à notre égard et, au milieu de ce colloque de plusieurs jours, une longue rencontre avec lui, mardi dernier, dans la Sala Regia du Palais Apostolique, suivie de la messe concélébrée à la "Chaire de Pierre".
J'ai été bouleversé par les propos tenus - et j'ai eu l'occasion de le lui dire, et de le remercier. Quels propos? "Que personne ne reparte de chez vous, de chez nous, sans la certitude d'avoir été accueilli et écouté. Arrêtez de demander aux gens leurs 'papiers' , vous n'êtes pas des douaniers. Vous ne connaissez rien à la grâce de Dieu surabondamment offerte à tous, ne la méprisez pas, n'essayez jamais de la limiter." Les "pouvoirs" d'absolution que le pape nous donne - les siens propres - ne sont à ses yeux qu'un indice de cette miséricorde universelle qu'il veut rendre absolument absolue. Il y a trente-cinq ans et plus que j'attendais ce discours. J'en étais, en reste, et en resterai ému aux larmes. Il y a chez cet homme une intelligence du cœur qui vaut mieux que toutes les intelligences.
J'aurai vécu là de très grands moments de joie spirituelle profonde, authentique, et de partage inattendu avec le Successeur de Pierre. Je lui ai confié tout mon ministère, tous les paroissiens que je citais plus haut et qui me sont si chers, en particulier les malades et lui, comme un père aimant, les a accueillis et embrassés dans sa prière.

mercredi 21 mars 2018

La science, la foi, la vérité...

Je voudrais revenir sur l'excellence de nos conférences de ce Carême 2018. Comme chaque année, nous avions choisi un thème de société : science et foi sont-elles rivales, ennemies, complémentaires, dans la recherche de la vérité? Vaste programme!
C'est que des scories traînent dans notre histoire intellectuelle : le scientisme du XIXème siècle, qui affirmait que seule est "vraie" la vérité scientifique, a encore certains partisans (âgés sans doute). Il n'y aurait donc de vrai, dans cette hypothèse, que le vrai de la science (de la science dite exacte, bien entendu, celle qui mesure, jauge et quantifie). Le reste, illusions, poésie, littérature, bêtises, mais en aucun cas vérité...
Il fallait donc réfléchir à ce qu'en pensent aujourd'hui les meilleurs spécialistes. Ce fut fait, ou disons, pour être modeste, ce fut initié. Benoît Bourgine nous a montré les attendus idéologiques, quelquefois non déclarés, de ceux qui prétendent que la science et d'autres modes de connaissance se livrent une guerre sans merci, une "guerre des mondes"... Faux, dit-il, cela ne fut jamais vraiment le cas sauf dans la tête de caricaturistes de la recherche, et cela l'est moins que jamais aujourd'hui.
Et s'il y a d'autres mondes? Et si notre terre, petite planète d'un système solaire navigant au milieu de milliards d'autres étoiles, n'était qu'un tout petit bout du réel? Probable, dit l'astrophysicien Jacques Arnould, et alors? Cela ne renvoie-t-il pas notre foi, si nous sommes croyants, à l'accueil d'une altérité bien plus grande que celle dont nous avons idée, à une générosité bien plus large?
Et lorsque la science multiplie ses techniques d'investigation et de soins, en particulier de soins médicaux, est-ce une raison pour lui alénier notre liberté de penser et de croire? Félicitons ses avancées, profitons-en, sans doute, mais sans jamais leur céder notre libre-arbitre, ni la qualité des prévenances  que nous nous devons les uns aux autres, et qui ne leur est pas subordonnée. Michel Dupuis, avec compétence, expérience, humour, aussi, nous l'a brillamment rappelé.


Maintenant, chacun est renvoyé à sa propre réflexion. C'est - encore pour quelques jours - le carême, temps de méditation et de formation, d'intériorité, aussi. Laissons mûrir en nous ce qui nous a été enseigné avec compétence et simplicité, laissons grandir notre soif de Pâques, non seulement du printemps - qui renouvelle tant de choses! -, mais de Pâques, qui ressuscite tout - et cela, c'est encore une autre affaire!


Prochain rendez-vous de Carême : les "Leçons des Ténèbres" de Couperin (XVIIème siècle), trois pièces de la musique la plus belle du monde pour nous introduire au Mystère des Jours saints, du Triduum, de la Croix et de la Vie. C'est le Mercredi-Saint 28 mars prochain, à 20h00, à l'église d'Enghien.

mardi 27 février 2018

La religion, contre la barbarie

Il est de bon ton aujourd'hui, dans la société déclarée "post-moderne", de vomir les religions : ennuyeuses, passéistes, diviseuses, elles seraient toujours et partout fauteuses de troubles et génératrices de guerres. Bon. Tout n'est pas complètement faux là-dedans : nous savons qu'un sérieux discernement doit sans cesse être opéré à l'égard du "fait religieux" et que rien n'est plus dangereux que de les laisser prendre le pouvoir.
Faut-il pour autant prétendre qu'elles doivent rester dans "la sphère privée", qu'elles ne doivent jamais contredire le pouvoir politique, surtout dans des démocraties (mais qu'est-ce qu'une "démocratie"?) Je l'ai souvent répété sur ce blog : à mon avis, non. Les religions ont le devoir de s'exprimer dans la sphère publique, de donner leur avis, de déranger même les opinions majoritaires, au nom précisément de quelque chose qui dépasse la majorité et qu'on appelle "le bien commun".
Des exemples contemporains?
En veux-tu, en voilà.


- En Israël, à Jérusalem, proclamée "capitale" de l'Etat Hébreu par une puissance extérieure (ce qui est tout de même peu banal), les Eglises chrétiennes viennent de fermer l'accès au Saint Sépulcre. Geste dérisoire? Oh que non : ce sont des millions de dollars, venus du tourisme religieux, qui n'iront pas dans les caisses de l'Etat. Une manière à la fois symbolique et économique de protester contre la politique anti-palestinienne de l'actuel gouvernement d'Israël. Et Dieu sait pourtant (si Lui ne le sait pas, qui le sait?) qu'on aime Israël... mais on n'est pas nécessairement sioniste pour autant.


- En République "démocratique" (je mets ces termes entre guillemets, car ils sont aujourd'hui franchement immérités) du Congo, ce sont des Catholiques qui protestent contre le maintien au pouvoir du Président Kabila, au risque de leur vie (plusieurs tués, déjà), un maintien voulu évidemment par Kabila lui-même, mais surtout par les puissances étrangères (Chine, USA, France, etc.) qui le soutiennent, trop heureuses de profiter grâce à lui des ressources du sous-sol congolais (minerais, pétrole), le sous-sol probablement le plus riche du monde. Religion contre démocratie? Allons donc, disons : Religion - et très isolée, hélas - pour la démocratie.


- Chez nous, il aura fallu qu'un évêque (celui de Liège) dise sa désapprobation vis-à-vis de certaines mesures concernant "l'accueil" des étrangers, pour qu'on se souvienne de la dignité humaine, due à toute personne sur cette terre. Est-il normal de mettre en "centre fermé" des hommes, des femmes ou des enfants qui n'ont rien fait de mal, sinon chercher ailleurs que chez eux, où la vie est impossible, un refuge et un abri? Est-il normal de les traquer jusque chez des particuliers qui ont la décence et le courage de les recevoir? La religion ici a joint sa voix - celle, par exemple,  du pape, depuis qu'il est pape, chez les catholiques - à celle, si diverse dans ses provenances, de la société, magistrats, enseignants, chercheurs, associations de la "société civile", voix multiple qui proteste devant les mesures annoncées du Gouvernement. Protestation légitime : la loi n'est pas encore votée. Le Juif et le Chrétien, ici, se souviennent ensemble du prescrit de leurs textes sacrés, par exemple de ce verset de la Torah dans le Lévitique : "Quand un immigré résidera avec vous dans votre pays, vous ne l'exploiterez pas. L'immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un Israélite de souche, et tu l'aimeras comme toi-même,  car vous-mêmes avez été immigrés au pays d'Egypte. Je suis le Seigneur votre Dieu." (Lv 19, 33-34)


     Bref, les religions, quelquefois, dans le meilleur des cas, et nous en avons sous nos yeux quelques exemples pré-cités, s'opposent en effet à la barbarie. Et elles méritent donc, quelque gênantes qu'elles soient, d'être entendues dans le débat public.

dimanche 25 février 2018

Je vois des gens debout...

Retour du week-end devenu traditionnel que je passe chaque année avec mes amis d'Abbeville - toute une famille, et peut-être même une tribu! Retour ragaillardi, réconforté, par eux tous, après avoir célébré la messe pour Simon, l'un des leurs parti trop tôt voici une quinzaine d'années déjà mais dont on sent tellement la présence stimulante chez tous - et, pendant la messe, le baptême d'un neveu de ce Simon, deuxième fils de sa sœur, un petit bout de... dix jours! A craquer!
Chacun dans son genre, ils me requinquent tous, donc, moi le vieux trop sensible, sans doute, à ce qui ne va pas. Ils sont pour moi une espèce de visage humain et multiforme de l'espérance.
Et les textes de la liturgie nous donnaient à penser : le sacrifice interrompu d'Abraham, la Transfiguration - pas facile, de mettre tout cela ensemble, quand on célèbre en même temps l'anniversaire d'un décès et le baptême d'un petiot. Pourtant, tout fait sens : en testant la foi d'Abraham, Dieu renonce à nos (trop) humains sacrifices, et la mort d'un de nos fils ne saurait être sacrificielle. Lorsqu'il voudra que quelqu'un se donne tout entier pour manifester à quel point il aime l'humanité, c'est son Fils à lui qu'il enverra, pour que toute épreuve et toute défiguration soit désormais "transfigurée" comme Jésus sur la montagne. Et n'est-ce pas la foi que le baptême ouvre en ceux qui le reçoivent, rend possible en ceux qui l'accueillent?
Quelle fête, hier soir, que ces célébrations simples et simplement vécues, mais si denses...
Quand je les vois, tous, je vois des gens debout! Comme ça fait du bien!

jeudi 15 février 2018

Libérer Dutroux?

En voyant le "ramdam" que font les propos de Me Dayez, je me ressouvenais ce soir du grand livre de l'historien et philosophe Michel Foucault, Surveiller et punir (Gallimard, 1975), précisément consacré aux fonctions anciennes et contemporaines de la prison. La suppression des peines publiquement infligées a, dit l'Auteur, peu à peu enfanté le système contemporain et "panoptique" de la prison : le moins possible de surveillants ou de spectateurs pour observer une peine indéfiniment prolongée. Pour arriver à quoi? Aux fonctions de la prison, telle qu'elle devrait, précisément, "fonctionner" : punir, protéger la société, réinsérer.
Punir, la prison le fait, par l'isolement social qu'elle impose.
Protéger la société, aussi - sauf que, à la sortie, les ex-détenus sont souvent plus dangereux qu'à leur entrée; que, jeunes surtout, ils ont pu en prison se faire relier à de nouveaux réseaux et trafics, et qu'aujourd'hui, en prison toujours, ils ont pu être davantage "radicalisés" dans leurs convictions anti-sociales et pseudo-religieuses.
Réinsérer : malgré tous les efforts de tant de personnes, il semble que ce soit le point le plus difficile, l'échec le plus récurrent de l'institution.
Que faire? La sortie de Me Dayez a au moins le mérite de poser la question, car la question se pose de la façon dont une société traite ses délinquants. Quant à la réponse, franchement, elle demande un vaste, un immense débat, sans précipitation, sans acrimonie, sans confusion surtout entre la nécessité de punir et celle de se venger - la justice, ce n'est pas, ce n'est jamais la vengeance.
La foi chrétienne a-t-elle quelque chose à dire là-dessus?
Oui.
"J'étais en prison, et vous m'avez visité", dit Jésus dans les critères du Jugement Dernier (Mt 25), s'assimilant lui-même au délinquant emprisonné, à celui que la société rejette. Mais j'observe qu'il ne dit pas non plus : "Vous m'avez libéré." Ce qui est en jeu, c'est la compassion que l'on a manifestée pour le prisonnier, et non pas l'élargissement qu'on a fait de sa situation carcérale - cela c'est, cela reste, l'affaire de la Justice (au moins dans un pays démocratique.)
Le pardon, bien sûr, sera évoqué par les chrétiens. Mais le pardon - ce "don qui va par-delà" la faute, suppose une demande de pardon de la part du coupable, sinon c'est de la niaiserie. Or, il est très difficile à un coupable de se reconnaître coupable, c'est une espèce de défaite psychologique surtout quand on a toujours proclamé son innocence. Il faut pour cela le long travail, qui est essentiellement spirituel, d'une vérité faite sur soi-même - et au fond, elle n'est possible que face à Dieu, face à la lumière de Dieu, qui "sonde les reins et les cœurs", et c'est sans doute seulement devant Dieu que l'on peut demander pardon, à Dieu certes, mais aussi aux autres que l'on a durablement meurtris.
Faut-il libérer Dutroux?
Je n'en sais rien. Je comprends que la question soit posée - c'est une vraie question de société. En même temps, je n'ai jamais entendu que cet homme ait formulé la moindre reconnaissance de culpabilité, la moindre demande de pardon - il est, comme disent les psaumes, "enfermé dans sa suffisance", plus encore que dans sa prison!
Le guérir? Ce serait le guérir de lui-même - c'est peut-être demander beaucoup aux psychologues et aux psychiatres.
S'il se reconnaît coupable devant Dieu, il sera libéré intérieurement. C'est cela seulement qui compte, au fond - après, qu'il reste ou non en tôle, peu importe, il sera toujours, et on le comprend, un objet d'opprobre pour la société.  Je comprends que la société ne lui pardonne jamais ses crimes, qui sont horribles, et surtout s'il ne daigne pas les confesser! A l'extérieur de lui-même, il ne sera jamais libre - et c'est lui-même qui s'est enfermé dans cet enfer dont Dieu seul peut le sortir.
Il faut donc que la société s'inquiète du sort des prisons et des prisonniers, car la façon qu'elle a de "surveiller et punir"- Foucault l'a bien montré - est révélatrice de son état moral.
Et prier Dieu de libérer Dutroux - et certains autres - d'eux-mêmes et de ce qui les enferme en eux-mêmes. C'est beaucoup plus important que de le sortir de sa cellule...

dimanche 11 février 2018

L'Eglise Saint Sulpice, à Paris, doit trembler...

Chaque jour ou à peu près, on voit une tentative de saper les fondements démocratiques de notre société. Qu'un Ministre de l'Intérieur, membre de l'Exécutif donc, se permette de donner un point de vue, quel qu'il soit du reste, sur un procès en cours et l'argumentaire d'un avocat dans ce procès, c'est, plus qu'il n'y paraît, extrêmement grave. C'est une atteinte à la séparation des pouvoirs, qui est au fondement même de la démocratie contemporaine...
Si l'Eglise Saint Sulpice, à Paris, se met à trembler ces jours-ci, on ne s'étonnera pas : c'est Montesquieu qui se retourne dans sa tombe, lui qui a précisément défini cette séparation des pouvoirs comme la possibilité même d'un Etat respectueux du droit. Et qui, pour la petite histoire, est donc enterré (mais on ne sait pas où, exactement) dans l'Eglise Saint Sulpice ou à son chevet...

mercredi 7 février 2018

"Nos écoles"...

Ce matin, à la messe habituelle de 10h00, voilà qu'une ribambelle d'enfants venus des écoles paroissiales d'Enghien - des "quatrième", entre 9 et 10 ans - avaient comme "envahi" l'église Saint-Nicolas.
Une célébration avec les autres paroissiens, préparée par ces élèves qui, accompagnés de leurs directeurs et enseignants, firent montre d'un sérieux "pontifical"! Sans blague, qualité des chants, de la participation, des interventions, connivence avec l'orgue et son titulaire, recueillement... tout fut un beau moment de liberté intérieure et de vraie vie spirituelle.
Comment remercier assez ceux et celles qui, au quotidien, veillent dans "nos" écoles (et aussi dans les autres, bien entendu), au développement harmonieux, intégral, des enfants qu'on leur confie? Leur travail - administratif, pédagogique, éducationnel - est remarquable, et je songe également aux membres des Pouvoirs Organisateurs et Conseils d'Administration qui dirigent ces établissements avec une compétence et un dévouement exemplaires.
De tout cœur, je les remercie tous pour le bien qu'ils apportent dans notre doyenné...