mardi 10 octobre 2017

Au 9 octobre, le céphalophore...

Hier 9 octobre, et particulièrement à Paris, on fêtait Saint Denis, réputé avoir été le premier évêque de Lutèce au IIIème siècle. Martyrisé à Montmartre ("le mont des martyrs", justement) il aurait été décapité et se serait relevé, tête sous le bras, pour marcher ainsi par la "Rue des Martyrs" jusqu'à l'actuelle... "Saint-Denis", dans la banlieue nord de la capitale française.
C'est donc un saint "céphalophore" ("porteur de tête" - et non, comme me l'avait suggéré un jour un étudiant distrait dans ses étymologies, "céphalopode", ce qui eût signifié qu'il aurait pris ses pieds pour sa tête ou l'inverse, comme les escargots, qui sont céphalopodes...)
Légende, légende?
Oui, bien entendu, mais légende qui, comme toutes les légendes, signifie quelque chose.
Saint Denis, c'est l'Eglise, toujours témoin, toujours "martyre", donc, et c'est l'Eglise tête et corps, évêque et assemblée. C'est l'évêque qui porte l'Eglise, car il succède aux Apôtres et assure ainsi la continuité du corps ecclésial avec la personne même de Jésus et de ceux qu'il a choisis comme envoyés. Sans l'évêque, il n'y aurait pas d'Eglise.
Mais l'évêque n'est rien sans l'assemblée : quelquefois, c'est le corps qui porte la tête et qui avance ainsi pour rendre son témoignage.
On ne saurait  détacher l'un de l'autre : n'essayez pas de disjoindre la tête et le corps!

dimanche 8 octobre 2017

La joie de la famille et le mystère de l'Eglise

Ce qui, dans la spiritualité du prêtre diocésain, constitue sans doute une marque particulière par rapport à d'autres états de vie, comme par exemple la vie monastique, c'est que le prêtre est appelé à fréquenter toutes sortes de milieux et de situations. C'est souvent une chance, et j'ai déjà rapporté ici la joie qui est chez moi toujours ravivée lorsque je peux rencontrer une famille - une tribu? - que je connais depuis plus de trente ans, en Picardie. En 1985, j'avais eu le bonheur de célébrer le mariage d'Eric et Caroline, alors que j'étais étudiant à Paris; trente-deux ans plus tard, j'ai célébré celui de leur fille aînée Valentine, avec Edouard - Valentine que j'avais baptisée bébé, première d'une série indéfinie qui, espérons-le, ne se clôturera jamais. J'ai, pour la plupart, célébré les mariages et les baptêmes des frères, sœurs, neveux et cousins, et déjà des petits-neveux ou petits-cousins.
Il est difficile de décrire la joie très vive que ces rencontres me procurent, le grand réconfort qu'elles constituent pour moi. Comme si, dans l'Eglise et au fond grâce elle, nos vocations respectives s'étaient fécondées, certes chargées d'amitié, mais il y a plus : chacun restant fidèle autant que faire se peut à ce que l'appel de Dieu lui demande, nous nous appuyons les uns sur les autres, nous nous soutenons dans la traversée de la vie qui connaît ses hésitations, ses grandes joies, ses déceptions, ses tristesses, quelquefois ses drames,  comme partout. Oui, c'est le mystère de l'Eglise : nous avons besoin les uns des autres, personne ne pourrait prétendre manifester à lui seul le Visage du Christ, c'est ensemble que nous en disons au monde quelque chose de "sacramentel". Cela passe non pas par de longues contemplations, mais par les récits de la vie, qui grandit chez chacun avec ses choix professionnels et ses engagements,  par les rires partagés, par les craintes confiées, par la solidité de l'amitié.
Il y a là-dedans un vrai bonheur, un bonheur de Dieu, un sourire du Père.
Ah, comme je les aime, ceux-là, et comme je les remercie!
Quant à Valentine et Edouard, évidemment, ce sont mes chéris du moment - tout de même, hein, j'ai versé une larme quand j'ai vu Eric, ce grand dady, conduisant sa fille à l'autel, et que, une image se superposant à l'autre, je le  revoyais, il y a donc plus de trente ans, mais cette fois dans la posture du jeune époux...

mardi 3 octobre 2017

Eloge de la vie fragile

La presse fait grand cas, depuis hier soir (JT) et ce matin encore (LLB, p.10-11), du choix que la romancière Anne Bert a fait de venir demander - et obtenir - l'euthanasie en Belgique, atteinte qu'elle était par la Maladie de Charcot, une maladie paralysante irréversible. Je comprends cette presse : elle met en exergue les différences de législation entre des pays voisins, tous deux membres de l'Union Européenne, et aux conceptions pourtant encore fort diverses en ce domaine. Je comprends du reste aussi la demande de cette dame : il se peut qu'étant ainsi progressivement diminué, on ne voie pas d'autre solution que de demander, et d'obtenir, la mort.
Je suis en revanche plus perplexe sur la façon dont les médias - surtout un JT d'hier soir chez nous - répercute l'événement. On annonce, avec une froideur de statisticien : "La Maladie de Charcot, qui paralyse progressivement le patient, donne une espérance de vie qui n'excède pas cinq ans..." Comme si cela était un argument - un double argument : la paralysie progressive et l'échéance à peu près connue de la fin - pour souhaiter mourir. Et cela m'inquiète, si on laisse ainsi entendre qu'une vie humaine ne vaudrait la peine d'être vécue qu'en pleine santé (mais qu'est-ce que la pleine santé?) Qu'il faudrait, pour être psychologiquement à même d'assumer l'existence, pouvoir toujours y bouger, y entreprendre, y exercer à plein sa liberté de mouvement, d'initiative, de travail, de sport, de loisir, que sais-je? Qu'en dehors de ces conditions, rien ne vaudrait plus la peine... Qu'une vie handicapée, par exemple, par la maladie, par un accident, par une immobilisation progressive, réversible ou non, par la nécessité d'un assistanat, par la diminution de la liberté de bouger, de penser, de produire, de jouir, etc., n'aurait plus de sens. Bref, que la vie fragile ne vaudrait pas le coup.
Et là, je me permets d'afficher ici fermement mon désaccord : toute vie est fragile, toujours. La mienne, celle de mes proches (j'ai accompagné longuement ma mère devenue très handicapée, très usée, et c'est un moment de mon existence qui est parmi les plus beaux; j'apprends récemment les difficultés de santé de ma sœur, qui limitent son horizon de vie, et cela suscite en moi un surcroît de disponibilité à son égard, comme ce sera possible), celle de tout le monde, celle des bébés, et même des fœtus, celle des anciens, celle des jeunes atteints dans leur jeunesse par des maladies, des accidents, des lésions importantes, celle des personnes psychologiquement faibles, etc. Nous sommes tous fragiles, et nous devons développer pour tous des accompagnements et des soins qui prennent en charge ces fragilités. Vivre comme si cela n'existait pas, reléguer aux marges de nos préoccupations ces situations, c'est nier un élément constitutif de la vie humaine.
Je veux bien que les lois sur l'euthanasie soient nécessaires, ne serait-ce que pour faciliter le droit des médecins confrontés à des situations extrêmes et de grande détresse. Mais par pitié, qu'au nom de la liberté individuelle, on ne relègue pas les soins de santé apportés aux malades incurables et la considération de nos fragilités dans cette catégorie de "l'inutile non marchand improductif" qui signerait la mort, pour le coup, non pas de nos individus, mais, si j'ose dire, de l'humanité de notre humanité.

jeudi 28 septembre 2017

Lessines et ses merveilles

Chaque année, en "Région pastorale" - territoire plus vaste que les paroisses dont je suis directement responsable - nous organisons une excursion, à la scolaire, entre potes, confrères, diacres, animateurs en pastorale. Journée de détente, de découverte. Oh, cette année, nous ne sommes pas allés loin : à Lessines, voisine, patrie de René Magritte et des Pénitents du Vendredi-Saint, qui héberge entre autres "Notre-Dame-à-la-Rose". Hospice fondé par des religieuses dès le XIème siècle sur les bords de la Dendre, tenu à  bouts de bras par elles pendant neuf siècles, joyau d'humanité et de charité chrétienne, heureusement restauré et devenu espace patrimonial majeur depuis quelques décennies. On y peut entreprendre - c'est bien utile aujourd'hui - une méditation sur le soin, sur sa complexité (pas seulement un médicament donné, mais une prise en charge globale), sur son prix (il était offert aux plus pauvres), sur sa dimension à la fois spirituelle et respectueuse de tous et de chacun. Bel exemple de ce que l'Eglise a pu, localement, faire de mieux - accueillir, nourrir, soigner, aider, et finalement aimer. Des femmes - des religieuses - pendant des siècles, y vouèrent leur vie et leurs biens. Elles y furent admirables.
L'après-midi, visite aux "Cayoteux" de Lessines : avec mille précautions, descendre dans l'antre des carrières, casqués et protégés, voir les machines énormes qui extraient le porphyre, admirer le travail incroyable des ouvriers qui bossent là, fiers de leur boulot difficile, toujours à perfectionner pour qu'il demeure concurrentiel. Heureux de les connaître, de voir leur quotidien, leur patience, leur rage, aussi.
Et puis, vers 17h00, les vêpres chantées ensemble à l'église Saint-Pierre de Lessines, où samedi prochain se tiendra là aussi l'annonce des paroisses "refondées" et leur envoi en mission... Une joie plane sur tout cela, celle de la rencontre entre doyens, entre prêtres, entre diacres, entre responsables de toutes sortes, devenus conscients, peu à peu, d'une mission commune, urgente, qui décidera de la vie chrétienne dans l'avenir, ici, en cette partie occidentale du Hainaut.

jeudi 21 septembre 2017

Des nouvelles de l'abbé Honoré

Notre cher Vicaire, l'abbé Honoré Kabuanga, a été opéré ce matin à Bruxelles - une opération délicate et douloureuse. J'ai pu en fin d'après-midi avoir de sa part les premières nouvelles, qui sont bonnes et rassurantes. L'intervention s'est bien passée, et il est tranquillement dans sa chambre où il reçoit, j'en suis certain, d'excellents soins.
Nous prions tous pour lui - je le lui ai promis! Il sait combien nous lui sommes tous attachés et combien nous l'estimons!

Refondation, fondations, théologie, Marie Noël

Retour de Paris, ce jeudi.
Et voilà une semaine déjà bien remplie.
Dimanche, notre célébration d'envoi de l'Unité Pastorale "refondée", a été, je crois, un beau moment, apprécié par tous - en ce compris les autorités communales présentes, à ma grande joie. On voit, ou plutôt, on "sent" l'enthousiasme, la "multiculturalité", comme on aime à dire - quel bonheur, notre "chorale africaine" venant chanter en alternance avec la chorale formée des divers clochers du Doyenné, quel bonheur de les voir faire ensemble vibrer une assemblée qui ne demandait pas mieux. Belle présidence, belle homélie de notre évêque, aussi : j'en retiens qu'il ne faut pas "ajouter du mal au mal" et que notre Eglise est là pour concourir au bien, au bien commun. Horizon pacifiant - nous ne sommes pas là comme un bastion d'idées toutes faites, ou, pire encore, d'idéologie, mais comme un réservoir de bonté, la bonté même de Dieu, au service du plus grand nombre. Naturellement, maintenant, il faut se retrousser les manches, bien sûr, tout ça, c'est du boulot, mais l'ardeur y est, et nous y allons ensemble!
Le lendemain lundi, départ pour Paris et, mardi, participation au Colloque de rentrée du "Theologicum",  la Faculté de Théologie de l'Institut Catholique de Paris - mon ancienne école, si j'ose dire (j'y ai passée deux belles années, il y a bien longtemps, entre 1984 et 1986.) Journée de travail consacrée, comme je l'ai déjà signalé, à Marie Noël, à la pertinence, à l'actualité de son Œuvre, cinquante ans après sa mort - une journée riche d'interventions remarquables, sociologique, psychologique, pastorale, théologique, liturgique, littéraire, etc. C'est Arnaud Montoux, magnifique jeune théologien (auteur d'une récente et imposante thèse sur la théologie clunisienne) qui présidait aux débats; et la présence, si simple, si fraternelle, et les propos,  de l'archevêque-évêque de Sens-Auxerre, Monseigneur Giraud, donnaient à l'ensemble une tonalité ecclésiale que notre poétesse n'aurait pas désavouée.
J'en ai parlé le soir même en dînant comme prévu avec Angelo Rinaldi, et ce fut une belle soirée, où nous avons évoqué la condition enviée et pourtant difficile de ceux qui se vouent à la littérature, ceux qu'on nomme - il y en a au fond peu par siècle - des "écrivains" et qui ne sont pas seulement des "auteurs".
Et mercredi, journée des amis plus proches, des parents de l'un de mes grands filleuls - nous nous voyons si peu et avons tant à nous dire, quand nous nous voyons!
Comme tout cela passe vite, comme la vie nous entraîne dans sa danse, comme elle file.
Mais celle qui domine tous ces jours, et encore une fois, et pour toujours, c'est Marie Noël, la Dame d'Auxerre - dès lundi soir, Francis mon ami prêtre et moi avions déniché, furetant dans une librairie du Boulevard Saint-Germain, le volume récemment publié de sa Correspondance avec l'Abbé Mugnier, dont on fit si grand cas, et à juste titre, le lendemain lors du Colloque que j'ai évoqué. Volume intitulé, d'un mot qui est d'elle évidemment, J'ai bien souvent de la peine avec Dieu (Correspondance établie par X. Galmiche, Cerf, 406pp.)  Un inédit ponctue ce volume : Ténèbres, pièce magnifique, qui dit le tourment si contemporain, si nécessaire, de celle qui décidément croit en Dieu, mais doute de lui en même temps. J'en cite un vers, qui m'éblouit, m'émeut, me plonge dans un abîme d'affection et de pensée tout ensemble :
"O Dieu qui n'êtes pas comme si Vous étiez..."
Ah, vraiment, je ne sais pas si elle sera un jour "Bienheureuse" ou "Sainte", mais comme Marie Noël nous aura aidés, tous et tant, à croire et aussi à aimer. Voilà les vraies fondations et refondations de nos vies, de nos paroisses, de nos cœurs - tout cela va ensemble. Heureusement!

vendredi 1 septembre 2017

Marie Noël, littérature...

Cette année 2017, jusqu'en 2018, sera marquée par la commémoration du cinquantième anniversaire de la mort de Marie Noël, la poétesse française à propos de laquelle j'ai autrefois publié un essai qui fut, je pense, lu - puisque republié à plusieurs reprises. L'archevêque de Sens-Auxerre a demandé, avec l'accord de ses confrères évêques - je l'ai déjà signalé - que soit ouvert le procès de béatification de Marie Noël, parce que la qualité de son Œuvre littéraire a encouragé beaucoup de personnes dans la vie spirituelle chrétienne. Je me réjouis de cette décision, et je participerai, en y faisant une intervention, au Colloque que l'Institut Catholique de Paris consacre à cette grande dame le mardi 19 septembre prochain. J'y évoquerai un poème décisif de l'Auteur - "Jugement", qui se trouve en finale des "Chants et Psaumes d'automne" - pour dire sa perspicacité et sa justesse théologiques.
Je profiterai de ce court séjour pour revoir ou essayer de revoir des amis de longue date, parler avec eux, surtout, de littérature, et donner aussi une interview sur "Radio Notre-Dame", la radio catholique de Paris, le 20. Entre autres ai-je convenu de dîner, le soir du 19, avec Angelo Rinaldi, académicien français, et exécuteur littéraire de Hector Bianciotti. Avec lui, nous évoquerons l'idée de faire, pourquoi pas, entrer Hector dans la Pléiade, la prestigieuse collection de Gallimard. Immortel, Hector l'est déjà dans nos cœurs autant qu'auprès de Dieu, par l'amitié si précieuse qu'il a bien voulu nous donner. Il l'est, bien sûr, par tradition, puisqu'il était un magnifique académicien, et donc en effet un "Immortel". Peut-être est-il souhaitable qu'il le devienne encore un peu plus par son Œuvre...
A chacun sa gloire, posthume - pour Marie Noël, espérons-le, celle des autels; pour Hector, celle du papier-bible! Eux que j'imagine désormais complices doivent en sourire en se disant que ces reconnaissances ne sont plus vraiment leur affaire...