dimanche 9 avril 2017

Barbarie en Egypte au seuil de la Semaine Sainte

27 tués à Tanta, et 78 blessés, 16 tués à Alexandrie et un nombre encore indéterminé de blessés... Ce Dimanche des Rameaux et de la Passion aura été meurtrier en Egypte, où le prétendu Etat Islamique a revendiqué deux attentats meurtriers dans des églises coptes orthodoxes.
Les Coptes constituent les communautés chrétiennes parmi les plus anciennes et les plus vénérables dans notre Histoire. Ils sont aussi, trop souvent, parmi les plus méprisés, et sont régulièrement l'objet de brimades et de violences comme celles de ce matin.
La Semaine Sainte sera malheureusement vraiment sanglante, alors qu'on y vénère précisément le Juste injustement jugé, condamné à mort et exécuté.
Le Juste en lequel les chrétiens confessent et reconnaissent la présence de Dieu - pour eux, il n'est pas d'autre idée possible de Dieu que celle qui passe par la Croix.
Je songe aussi à tous les lieux où l'être humain est pourchassé par vengeance, par haine, par répression : le Congo en est ces jours-ci un exemple qui nous meurtrit tous, et qui atteint de plein fouet notre Vicaire, l'abbé Honoré,  et les siens.
Tout cela donne aux célébrations des jours qui viennent une tonalité particulièrement sombre, grave et réaliste. Ce que nous donnons à voir, ce n'est pas seulement la mémoire d'un homme du passé, c'est l'aujourd'hui de l'Homme, partout torturé, pourchassé, vilipendé. Et c'est là que Dieu se trouve, dans cet abandon continuel, ce cri d'athée jeté vers un ciel vide par le Fils Bien-Aimé : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?"
Et pourtant, en filigrane, dans les textes, dans nos cœurs, comme un fil ténu, déjà, l'espérance de Pâques, la lumière parcimonieuse de la Résurrection...

vendredi 7 avril 2017

Mesquineries et Bonne Nouvelle

La semaine n'aura pas été facile.
Il aura fallu faire face (le plus souvent, par un silence réprobateur) à un certain nombre de mesquineries et d'étroitesses d'esprit, à des réactions à fleur de peau, disproportionnées par rapport à des attaques imaginaires, de personnes qui prennent la mouche pour rien - on a vraiment envie de leur dire d'aller au diable, si ce n'est pas déjà fait. D'autres qui masquent mal leur envie de prendre ou de reprendre du pouvoir, par toutes sortes de biais - on les envoie paître au même lieu que les précédentes.  Et encore : des ataviques du racisme, qui vous tiennent impromptu, et avec un clin d'œil appelant la connivence, des propos qu'on croyait impossibles sur des personnes d'origine étrangère. A mépriser? Pas seulement, c'est trop grave : au diable, avec les autres! (Ca va finir par faire du monde...) Et puis il y a des fous complets, des délirants qui vous assiègent parce que, dans leur rêve, ils ont eu une vision (et une mission, cela marche souvent ensemble) de la Sainte Vierge ou de je ne sais qui leur enjoignant d'interpeller le curé local. Ceux-là sont, à tout prendre, les moins dangereux et peut-être les plus braves. Quand, dans une journée, vous recevez un joyeux mélange comme celui-là, il y a de quoi prendre ses jambes à son cou et s'enfuir loin, très loin.
Mais... dans la même journée, telle confession, tel courriel, telle confidence, tel retournement, vous encouragent. De même que la persévérance des personnes associées au quotidien à la tâche pastorale, prêtres, secrétaires, sacristains et autres, une persévérance admirable, humble, priante. Alors... on reste!
On essaie de prier, d'offrir le tout, de laisser le Christ démêler lui-même, devant le Père, ce qui dans tout cela est faute, péché, impuissance, simple faiblesse humaine.
On rend grâce, aussi, on continue de s'émerveiller : pour tel confrère fidèle à travers ses souffrances et ses craintes, pour telle initiative pastorale qui porte du fruit dans la Région, et finalement pour les bienfaits que Dieu répand sur le monde, sans que toujours on les voie. Tiens : la joie d'apprendre l'initiative de l'archevêque d'Auxerre-Sens, la semaine dernière : avec l'accord de ses confrères évêques français, il a demandé à Rome d'ouvrir le procès en béatification de Marie Noël. Marie Noël! Ma chère Marie Noël! Comme elle doit être honteuse, confuse, que "ces Messieurs" (ainsi appelait-elle les gens du clergé avec ce qu'elle nommait elle-même une "crainte révérentielle") s'intéressent à elle! Et pourtant, comme elle aidera encore mieux ceux qui vont maintenant la prier pour qu'elle intercède! Depuis que j'ai appris cette nouvelle, je ne cesse de la prier : qu'elle fasse des miracles (elle va en avoir besoin, autant que ceux qui en bénéficieront.) Dans la foulée, le curé de la Cathédrale d'Auxerre, qui enseigne aussi à l'Institut Catholique de Paris, m'apprend qu'en septembre un colloque se tiendra là sur Marie Noël et sur son Œuvre, et il me demande d'y intervenir. Je le ferai, bien sûr, et avec joie : je ne savais pas que j'aurais l'occasion de remercier ainsi celle qui m'aide depuis tant d'années, et qui a quitté cette terre voici juste cinquante ans.
Oui, au fond, la balance penche du bon côté : les mesquineries ne feront jamais le poids devant la Bonne Nouvelle!

dimanche 2 avril 2017

Vérité et idéologie

J'entends, comme tout le monde, les discours des uns et des autres à la télé, je les lis sur les blogs d'internet, sur les réseaux sociaux et dans la presse écrite. Les sujets de débat ne manquent pas : élections françaises, comportements des femmes et hommes politiques, situation économique, tensions internationales, crise de l'Europe, place du religieux et des religions dans la société d'aujourd'hui, divergences de vue touchant le début et la fin de la vie, avortement comme délit ou comme droit, etc. Tant mieux : que tout soit mis en débat, c'est la chance de notre monde et, par pitié, qu'aucun sujet ne soit tabou!
Une seule chose peut me heurter dans ces "discussions" : l'idéologie. Je veux dire : prétendre que les idées, les constructions intellectuelles, les évidences que l'on a en tête ne soient précisément pas discutables, prétendre qu'elles sont plus vraies que la vérité des faits. J'ai ainsi épinglé, récemment, sur ce blog, et par exemple, Michel Onfray et ses affirmations sur le "Jésus de l'Histoire". J'entends quelquefois dire ou je lis quelquefois, et quelquefois dans des médias supposés sérieux, des énormités sur de prétendues "positions" de l'Eglise catholique - j'imagine dès lors que, sur des sujets que je connais moins bien, on est capable aussi de relayer n'importe quoi, et n'importe comment, n'importe où.
Par idéologie : par souci de faire triompher ses idées, au prix de la vérité des faits.
Nous sommes quelquefois plongés, oui, dans une société du mensonge - aux Etats-Unis, certains ont même théorisé l'époque en l'appelant "l'ère de la post-vérité". La "post-vérité", c'est le mensonge.
Et le mensonge, c'est le diable : "Votre père, c'est le diable, et vous avez la volonté de réaliser les désirs de votre père. Dès le commencement, il s'est attaché à faire mourir l'homme; il n'avait pu se maintenir dans la vérité parce qu'il n'y a pas en lui de vérité. Lorsqu'il profère le mensonge, il puise dans son propre bien, parce qu'il est menteur et père du mensonge." (Jn 8, 44)
La résurrection que nous allons célébrer bientôt, le cœur de notre foi, c'est aussi le triomphe de la vérité sur le mensonge - sur toutes les formes de mensonge. Celui-ci, certes, peut bien faire illusion un temps, il peut même parfois sembler prendre toute la place jusqu'à être pris pour la vérité - rien à faire, il est vaincu, déjà vaincu, par la puissance de Vie du Christ.
Cette impiété du mensonge, qui est une forme de mort, est engloutie dans la victoire de Pâques, tant espérée, tant attendue - ainsi l'entrevoyait le psalmiste :
"J'ai vu l'impie dans sa puissance se déployer comme un cèdre vigoureux.
Il a passé. Voici qu'il n'est plus." (Ps 36, 36)

samedi 25 mars 2017

Religion : privé, public?

On s'agite beaucoup, ces temps-ci, dans le "landerneau" médiatique : des responsables politiques ayant dit leur appartenance chrétienne, cela semble en gêner quelques autres. Et les polémistes de confondre, allègrement, laïcité, neutralité, ce qui est public, ce qui doit rester privé, etc. On s'agite tant qu'on en vient parfois à être... ridicule : pourquoi un homme public ne pourrait-il pas faire état de ses convictions? Toutes privées qu'elles soient, n'influencent-elles pas, de façon inévitable, ses décisions politiques? En tout cas, c'est à espérer! A partir du moment où les choix de chacun, pourvu qu'ils soient conformes au socle des valeurs communes qui soudent notre vivre-ensemble, respectent ceux des autres, c'est au contraire un enrichissement que de les confronter. La laïcité, ce n'est pas le refoulement du religieux dans le privé - j'ai déjà dit longuement ailleurs, sur ce blog, que le religieux était nécessairement, pour une part, public. C'est un cadre offert à tous pour que chacun puisse s'exprimer, être respectueusement entendu et, pourquoi pas, contredit.
C'est en ce sens que nous avons reçu le bel exposé de Mr Javaux, mardi dernier - j'en ai parlé dans mon dernier post. Et qu'il ne me semble pas que cela ait gêné personne.
C'est en ce sens que le pape a reçu hier les chefs d'Etat ou de gouvernement des pays de l'Union Européenne, présents ces jours-ci à Rome pour commémorer le soixantième anniversaire du "Traité de Rome", signé le 25 mars 1957 - voyez la vidéo, et, après les discours - dont celui, remarquable, de François, sur un avenir possible (le seul!) de l'UE - observez la correction et, quelquefois, et quelquefois de façon inattendue (François Hollande, Alexis Tsipras, etc.), la chaleur des retrouvailles de ces chefs d'Etat et du Saint-Père... On est ici dans un monde de courtoisie, de respect, d'écoute, et personne ne met en doute le fait que la "laïcité", pourtant, soit intacte!
J'ajoute, pour la petite histoire, que cette "salle royale" du Palais apostolique, je la connais par cœur, pour y avoir participé déjà à bien des rencontres, conférences, sessions, etc., et que je suis tout ému d'y voir rassemblés les responsables de l'UE...

mercredi 22 mars 2017

Laudato si'

Hier soir s'est terminé à Enghien le cycle de conférences de carême consacré cette année à une approche multiple de l'Encyclique du pape François, Laudato si'. Publié à Rome le 24 mai 2015, voici donc près de deux ans, ce texte est considéré comme l'une des chartes les plus importantes pour l'humanité à venir, qui lie son devenir à celui de la planète et à la solidarité dont elle se rendra capable.
Isabelle Stengers, lors de la première conférence, invitait les chrétiens qu'elle avait devant elle à une vraie "conversion" à la lecture de ce document, et surtout à en saisir les enjeux scientifiques, technologiques et humains. Puis Paul Scolas, la semaine suivante, en théologien qu'il est, montrait comment Laudato si', en continuité avec l'enseignement social de l'Eglise catholique, constitue une exégèse très fine de la Révélation et rappelle que le propos tenu n'est pas accessoire, mais central dans la foi des chrétiens. Enfin, hier soir, Jean-Michel Javaux, homme politique connu chez nous, ancien co-président d'Ecolo, bourgmestre d'Amay, nous faisait partager son enthousiasme pour une Encyclique  à ses yeux essentielle, capable de relancer une politique de proximité et de solidarité.
De beaux moments passés ensemble dans l'église d'Enghien, dont je me réjouis chaque année qu'elle redevienne ainsi un lieu de rencontres et de débats autour de thèmes importants, fondateurs d'avenir.
Merci aux intervenants et à tous ceux qui rendent possibles ces "conférences de carême"...

samedi 18 mars 2017

Michel Onfray et l'existence historique de Jésus

Les ouvrages de Michel Onfray connaissent un grand succès médiatique et économique - ils se placent souvent en tête des ventes.
Ce n'est pas pour cela qu'ils m'agacent, mais pour leur légèreté.
Dans Décadence, le dernier (en date), l'auteur fait sienne la thèse qualifiée de "mythiste" : Jésus, le personnage historique, serait un mythe, une histoire intéressante mais inventée. Encore une fois, Onfray a négligé de travailler, optant de façon purement idéologique pour une proposition largement démentie par les études scientifiques, exégétiques et philologiques du XXème siècle - et en particulier, celles qui furent avec minutie conduites à la Faculté de Théologie de l'Université Catholique de Louvain par des maîtres intransigeants comme Albert Descamps (travaux de première main évidemment ignorés par notre mêle-tout de "philosophe", qui ne connaît de sources que les secondes, et soigneusement filtrées par ses a priori.)
C'est pitoyable. Onfray est sûrement un brave garçon, qui doit avoir des comptes à régler, comme beaucoup, avec la religion chrétienne (ou catholique).
Que cela le conduise à épouser et à défendre des thèses scientifiquement improbables, en sachant que son nom leur apportera une caution médiatique, c'est, pour un prétendu "philosophe", proprement scandaleux - cela s'appelle de la malhonnêteté intellectuelle.
Notre monde est déjà assez difficile.
Que chacun y fasse son métier, avec dévouement, le plus souvent dans l'ombre, le plus souvent médiocrement rémunéré, mais s'il vous plaît, avec la décence de l'honnêteté.

lundi 13 mars 2017

Jour anniversaire, jour de louange...

Il y a quatre ans exactement, le 13 mars 2013, les cloches d'Enghien sonnaient la volée, à l'unisson avec celles des autres doyennés du diocèse, et aussi des diocèses du monde entier, pour saluer l'élection de l'archevêque de Buenos Aires, le Cardinal Jose-Maria Bergoglio, comme évêque de Rome et pape de l'Eglise catholique. Pour beaucoup, il était un inconnu, ou pratiquement. Ses premiers mots, ses premiers gestes, furent de simplicité, le prénom pontifical qu'il s'était choisi résonna comme une heureuse surprise, et mieux encore comme un programme évangélique.
Quatre ans après, il me semble que l'homme n'a pas déçu. Quelques gestes prophétiques parlent plus que des discours : refus d'habiter les solennels appartements pontificaux, qui ne servent plus que pour les réceptions officielles de Chefs d'Etats; simplicité liturgique; première visite réservée aux réfugiés de Lampedusa - un souci qui ne quitte jamais le pape; dialogue œcuménique renforcé avec les chrétiens de toutes confessions; volonté diplomatique accrue d'aider à résoudre les conflits, en partenariat avec les autres grands leaders religieux, partout dans le monde; réforme de la Curie et de son gouvernement, spécialement en ce qui concerne les finances du Saint-Siège et du Vatican; création au cardinalat d'évêques représentatifs de la diversité géographique des diocèses du monde, et représentation accrue des plus pauvres de ces diocèses; parmi bien des documents écrits, encyclique remarquable, et remarquée partout dans le monde, Laudato si', sur l'urgence d'une écologie totale; synode tenu deux années de suite sur la famille, suivi d'un document où bien des portes sont ouvertes pour un accueil plus souple, plus évangélique, de la diversité des situations familiales contemporaines;  année sainte de "la miséricorde" proclamée pour donner le "ton" de la vision même de Dieu qui, à son sens, devait prévaloir, etc., etc.
Oh, évidemment, certains sont dérangés dans leur manière de concevoir l'Eglise et son ordre immuable. Mais les changements dans l'Eglise sont la preuve qu'elle est un organisme vivant, et non une institution sclérosée, obsolète. Un qui doit rire dans sa barbe, c'est le prédécesseur, le bon Benoît : il est parti, il "a renoncé", plus justement, dans un geste de grande humilité, devant les difficultés de toutes sortes et les bâtons multiples qu'on lui mettait dans les roues; et même si les tempéraments sont à l'évidence différents, il ne cesse pas de louer son successeur, de même que celui-ci ne cesse pas de vénérer son prédécesseur - il l'appelle volontiers avec un sourire "notre grand-père".
Moi, je crois que l'Eglise catholique a de la chance, et que l'Esprit soufflait vraiment autour de la Place Saint-Pierre, ce jour-là, il y a juste quatre ans...